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Les Champs de la Machine


title Les Champs de la Machine
author Sylvain Collin
publication Magic RPM
date July 2013
issue 174
pages




"Les Champs de la Machine" is a 2013 interview by Sylvain Collin. It originally appeared in Magic RPM. [1]


Original text (French)[edit]

This is an original text copied verbatim from the original source. Do not edit this text to correct errors or misspellings. Aside from added wikilinks, this text is exactly as it originally appeared.

Boards Of Canada

Dossier coordonné par Jean-François Le Puil

Article et Interview Sylvain Collin

Photographies Iain Campbell


Les Moissons du Ciel

La nostalgie comme arme de destruction massive : Boards Of Canada est allé chercher dans le passé un moyen (imaginaire) d’anéantir l’idéologie du progrès technologique que l’on nous vend au quotidien. La fratrie est revenue du voyage avec Tomorrow's Harvest, véritable petit chef-d’oeuvre de la musique électronique. Élaboré pendant plusieurs années, cet album exhorte l’auditeur à fantasmer une fin du monde différente : une apocalypse ironique et onirique. Un dialogue fantastique et jubilatoire entre George Orwell et George A. Romero mis en son avec une précision et une minutie exemplaires.


P28 Les Moissons du Ciel Boards Of Canada à la lumière du jour d'après.

P34 LA GALAXIE S’ANIME Dès collègues de tous bords incitent le duo à s’ouvrir.

P37 LA MUSIQUE DES RÊVES Clap clap de fin en compagnie de Michel Gondry


Marcus Eoin et Mike Sandison auront beau le nier, ils sont très soucieux de la manière dont le public perçoit leur musique. Il n'y a absolument rien de méprisable à cela, bien au contraire. S'il avait pu, Stanley Kubrick aurait repeint lui-même les salles de cinéma qu'il n’estimait pas assez obscures pour projeter ses films. Pour Boards Of Canada, c'est un peu la même chose. Bon, d'accord, ils ne viendront pas régler eux-mêmes l’équaliseur de votre chaîne hi-fi ou changer la disposition de vos enceintes audiophiles, mais ils prennent soin de tous les détails, de l'enregistrement jusqu'à la promotion. Ainsi, c'est seulement lors de la sortie du LP précédent, The Campfire Headphase (2005), que le duo révèle du bout des lèvres être en réalité une fratrie. Pourquoi cacher un élément biographique a priori anodin ? Principalement pour éviter les comparaisons avec Paul et Phil Hartnoll d’Orbital, rétorquent-ils à l'époque. Curieux. Sans doute ont-ils aussi voulu échapper à toute une série de questions intimidantes sur leur enfance, leur famille, etc. À ce titre, il est particulièrement édifiant de relire les papiers écrits aux débuts des Beach Boys, de The Jesus And Mary Chain ou d'Oasis. En revanche, ce n'est pas difficile à imaginer, mais les Sandison s'entendent beaucoup mieux que les frères Wilson, Reid ou Gallagher. Gamins, ils jouent déjà de la musique ensemble. Vers dix ou douze ans, ils bricolent sur un magnétophone multi-pistes. Plus tard, Marcus monte un groupe de métal au lycée. Mike ne goûte pas autant ce genre de musique, mais les deux frangins continuent de composer conjointement à l'aide de leurs synthés. Le début des années 90 est le prologue de l'aventure de Boards Of Canada. Un cadre sonore se dessine lentement et des compositions prennent forme. Beaucoup de musique s'accumule sur les bandes. Assez pour sortir quelques disques, mais Mike et Marcus ne sont pas assez bons. Du moins, c'est leur avis, car pour avoir entendu quelques-uns de leurs vieux morceaux, des cassettes qu'ils distribuaient à leurs amis jusqu'à Boc Maxima (1996), cette première mouture de Music Has the Right to Children (1998), ils n'avaient pas grand chose à envier aux cadors de l’IDM de l'époque : Aphex Twin, The Orb, The Future Sound Of London, Autechre et Orbital, donc. Depuis sa première publication, Boards Of Canada prend le temps de dégrossir, de polir, de peaufiner et de fignoler jusqu'à parvenir au disque précis qu'il a en tête. Mike confie même être capable de dépenser du temps et de l'argent pour récupérer du matériel audio qui ne servira que pour une toute petite seconde de musique. Voilà probablement pourquoi Tomorrow's Harvest mit sept longues années à aboutir.


ZOMBIE

Dans les musiques électroniques, les dates de péremption des disques se révèlent parfois courtes : les jours peuvent valoir des semaines et les années des siècles. Boards Of Canada est assurément une denrée musicale non périssable. Si le temps ne semble pas avoir de prise sur leur musique, ça n'est pas uniquement parce que les deux frangins sont fanatiques d'équipements vintage. Certes, les vieilles machines confèrent une certaine patine à leur son, mais la situation géographique de leur résidence et de leur studio y contribue tout autant. C'est sûr, dans la campagne écossaise où sont reclus les deux compositeurs, le temps passe moins vite. Beaucoup moins vite. Si vivre ainsi isolés leur permet de développer un imaginaire différent, cela peut être aussi le chemin le plus direct vers le ressentiment antisocial et la paranoïa. Comment trouver le juste équilibre ? "Ah ah, mais nous ne sommes quand même pas des ermites !", nous précise Mike Sandison par email, une façon de communiquer privilégiée par le groupe à l'heure de promouvoir Tomorrow's Harvest dans le monde.


"Quand nous parlons d’isolement, c’est d’un point de vue artistique, pas social. Nous ne ressentons pas le besoin de traîner dans un contexte urbain, de nous tenir au courant de tout ce qui se fait en musique, de ce qui est populaire, etc. Ce genre de choses - la mode, la culture urbaine - relève du bruit pour nous, comme des interférences radio. Et cela devient une grosse source de distraction lorsque nous essayons de créer notre propre musique. Je trouve qu’une bonne partie de la musique actuelle sonne comme si elle était composée par des artistes qui regardent chacun par-dessus l'épaule de l’autre. Je préférais l’époque pré-Internet quand les genres musicaux étaient clairement différenciés parce que ça permettait aux groupes et aux styles de musique en général d’évoluer indépendamment et de se développer pleinement, de façon concentrée et exclusive. L’Internet et la vie urbaine hyperconnectée a détruit cette pureté d’action."


Vous avez dit rétrograde ? Les cités modernes émettent donc des ondes négatives qui nuisent à la créativité. Pour surenchérir, comme il l’avouait récemment (par mail) au Guardian en faisant référence au livre You Are Not A Gadget (2010) de l’essayiste américain Jaron Lanier, Mike considère que "la technologie contemporaine nous donne souvent l’illusion du pouvoir alors qu’en réalité elle ne cesse de nous retirer notre liberté et homogénéise le comportement des utilisateurs." Ce constat morose mais finalement pertinent sur la société a tendance à se propager depuis quelque temps. Il rappelle la vison des films d’anticipation post-atomique des années 70 - Soylent Green (1973), Logan’s Run (1976), Silent Running (1972), Phase IV (1974), etc. - et des séries B paranoïaques du début des années 80 (notamment les films de zombie italiens). Assez peu perspicaces voire franchement fantaisistes sur le plan de la prospective, ces films sont beaucoup plus intéressants sur ce qu’ils révèlent de nos angoisses sociales ou écologiques et de nos phobies collectives. Derrière l’apparence d’un cliché Instagram, la pochette de Tomorrow's Harvest est au diapason : la silhouette des immeubles de San Francisco brise la ligne d’un horizon désolé et disparaît comme phagocytée par une lueur incandescente. On contemple alors une cité agonisante, puis un mirage ; la rémanence d’un futur utopique oublié... Une fois le disque posé sur la platine, cette atmosphère est presque palpable. Mike en rajoute une couche, toujours auprès du Guardian:

""Nous sommes devenus beaucoup plus nihilistes au fil du temps. Dans un sens, nous célébrons l’idée d’effondrement (ndlr: cf le titre Collapse au milieu du disque) plus que nous tentons d’y résister: C’est probablement un album déprimant mais ça reste une question de point de vue. Il ne s’agit pas tant d’une œuvre post-apocalyptique, il y est plutôt question d’une étape qui nous attend tous, inexorablement." "

Voilà pour le décor. Certes, en fonction de ses expériences cinématographiques, de ses lectures ou du rapport que chacun entretient avec la musique de Boards Of Canada, l’album n’évoquera probablement pas les mêmes images. Le canevas dramatique élaboré ici par le duo écossais est d’une précision telle que les collages aléatoires et abstraits de films Super 8 qui font office de vidéos promotionnelles ne sont pas aussi pertinents. Non, même si on y retrouve une certaine douceur sonore familière, Tomorrow's Harvest n’est vraiment pas un album d’electro ambient progressive ou un kaléidoscope sonore acidulé. Il a été conçu comme une bande originale de film et se doit d’être écouté ainsi. Malheureusement, aujourd’hui, plus personne n’est capable de tourner le long-métrage idoine et c’est sans doute aussi pour cela que la nostalgie opère dès les premières notes. Les frères Sandison reconnaissent d’ailleurs volontiers avoir beaucoup étudié les compositeurs des séries B des années 70 et 80 : Mark Isham, Fabio Frizzi (compositeur de Zombi 2 en 1979, fausse suite italienne des films de George A. Romero), Stefano Mainetti (Zombi 3, 1988), Wendy Carlos (The Shining en 1980, Tron en 1982) ou encore John Harrison. Ce demier semble trouver une place particulière dans leur panthéon. Le motif sonore décliné sur White Cyclosa, un extrait de Tomorrow's Harvest, ressemble ainsi étrangement à l’introduction que Harrison joue sur The Dead Suite, un extrait de la BOF de Day Of The Dead (1985), le film de George A. Romero. Certes, la tonalité générale de Tomorrow's Harvest n’est pas aussi oppressante et nihiliste qu’un film de morts-vivants. Les atmosphères sont plus nuancées et les sentiments qui s’en dégagent plus variés mais pas moins intenses. C’est en tout cas l’un des hommages les plus sincères et émouvants rendus par la musique électronique au cinéma de genre. Laissons maintenant Marcus et Mike étayer la belle affaire à leur manière.

Quel est votre plus intense souvenir (musical ou extra-musical) de ces sept dernières années ? La reconnaissance artistique vous a-t-elle manqué pendant tout ce temps ?
"Mike Sandison : Les naissances de mes enfants restent les souvenirs les plus intenses de ces dernières années. La paternité amène à être plus attentif aux problèmes de notre planète sur le long terme. Sur un plan plus personnel, elle donne probablement une plus grande confiance en soi, de l’estime, ce qui aide à moins tenir compte des avis et de l’approbation extérieurs. Du coup, je dirais que je me soucie encore moins d’une quelconque reconnaissance artistique. J’ai appris à agir davantage avec mon instinct, mes tripes, et à composer la musique que je veux vraiment entendre."
Le petit jeu pour la promo de Tomorrow's Harvest, qui consistait a rechercher des indices cachés sur différents supports et continents, était amusant. Mais ne craigniez-vous pas que cela incite votre public ä rechercher des sens cachés (et souvent détraqués) dans votre musique ? Ou cela fait-il partie de l’expérience musicale pour vous ?
"Marcus Eoin : Ça peut effectivement faire partie de l’expérience musicale mais il ne faut que cela paraisse forcé ou artificiel. La musique doit évidemment se suffire à elle-même. En l’occurrence, nous pensions que ce procédé pouvait accompagner de manière pertinente l’atmosphère générale du disque. Ça nous a aussi donné l’opportunité de nous évader hors des limites du format audio et de créer un jeu qui implique l’auditeur."
On sait que vous appréciez les films d’anticipation paranoïaques ou post-apocalyptiques allant de la fin des années 60 au début des années 80. Les disques électroniques instrumentaux sont souvent comparés à de la musique de film, et si la comparaison est souvent poussive ou paresseuse, elle semble réellement pertinente dans le cas de Tomorrow's Harvest.
"MS : Oui, bien sûr, c’est exactement ce que nous voulions faire. Nous avons toujours collectionné ces films-là ainsi que leur bande-son, c’est donc quelque chose qui a influencé notre musique depuis le tout début. Et ça s'est fait de manière plus délibérée sur ce disque. Nous espérons que quiconque aime ce genre de cinéma sera suffisamment inspiré par Tomorrow's Harvest pour y appliquer ses propres interprétations visuelles."
The Campfire Headphase était construit comme une collection de pop songs alors que Geogaddi (2002) était un disque d’ambient beaucoup plus abstrait. La structure générale du nouvel album est réellement plus élaborée.
"MS : En fait, nous avons décidé très tôt que nous voulions lui donner la forme d’une musique de film mais réaliser un tel disque sans que cela ne sonne trop tartignole est un véritable challenge. Alors quand nous avons commencé à y travailler, nous avons écouté beaucoup de bandes originales, celles des années 80 notamment, en nous focalisant sur certains points précis, en étudiant les pratiques du genre en matière d'agencement et de timing. Les idées que nous avons retenues nous ont alors donné un cadre, une structure qu'il s'agissait ensuite d'étoffer. Nous savions par exemple exactement comment la suite devait commencer et comment elle allait finir."
Pouvez-vous nous citer une bande originale de film en particulier?
"MS : Non, il n'y a pas eu un thème ou une BOF en particulier qui nous a inspirés. Comme je le disais, nous avons surtout façonné les éléments sonores et visuels de Tomorrow's Harvest en fonction de nos souvenirs de certains films de cette époque, généralement sombres et pessimistes. Il y a beaucoup de longs-métrages à petit budget basés sur le "survivalisme", l'horreur, la conspiration politique, la science incontrôlée, etc. Dans ces oeuvres est communément employée une musique électronique qui oscille entre des répétitions sinistres, une ambiance synthétique et parfois même des sonorités tribales. Étrangement, le cinéma d'horreur et de science-fiction des années 80 est également souvent traversé d'une bonne humeur assez saugrenue. Voilà le type d'atmosphère que nous avons essayé de recréer. "


NAZE

La production et les arrangements de Tomorrow's Harvest sont réellement impressionnants. Tous vos disques possèdent ce côté rétro et chaleureux mais en comparaison ce quatrième effort sonne beaucoup plus hi-fi. Avez-vous changé quelque chose dans votre manière d'enregistrer et cela faisait-il partie du processus d'écriture ?
"ME : Vu que nous concevions ce disque comme une bande originale du passé, nous savions que la production allait être un exercice très délicat et que tout devait être parfaitement arrangé, bien plus que sur nos LP précédents où nous sommes allés jusqu'à dégueulasser délibérément certains éléments pour obtenir un son lo-fi. Nous avons bien sûr utilisé beaucoup de matériel vintage pour cet album mais si tu réécoutes attentivement les musiques dont nous nous sommes inspirés, en dehors du fait qu'elles sont souvent composées avec des synthés analogiques et d'autres instruments électroniques rudimentaires de l'époque, tu t'aperçois que les arrangements sont très précis et que la production est toujours de très haut niveau. "
À la lueur de Tomorrow's Harvest, considérez-vous The Campfire Headphase, avec ses samples de guitares et son atmosphère joyeuse, quasi euphorique, comme une digression dans votre discographie ?
"MS : C'est peut-être une digression dans le contexte de Boards Of Canada mais pas pour nous en tant qu'individus. Nous jouons de la guitare depuis que nous sommes gamins - Marcus particulièrement est un excellent guitariste - mais nous ne souhaitons pas vraiment mettre cela en avant sur nos albums, simplement parce que nous pensons que ça ne s'accorderait pas avec le reste. Ce que nous avons fait sur The Campfire Headphase, c'est injecter des boucles de guitare naïves dans le sampler pour ensuite, autour de cela, composer nos chansons comme nous avons l'habitude de le faire. "
Le matériau de Tomorrow's Harvest est-il entièrement nouveau ou avez-vous (ré)utilisé d’anciens éléments ?
"ME : Nous écrivons et enregistrons de la musique en permanence et cet album est constitué uniquement de nouveaux morceaux. Nous n’avons pas de méthode stricte de travail, mais généralement, nous créons d’abord plusieurs ébauches indépendantes les unes des autres, puis nous choisissons celles qui nous plaisent le plus et les développons chacune en parallèle."
Certains de vos fans pensent qu’il y a un lien entre Tomorrow's Harvest et Deadly Harvest (1977), un obscur film d’anticipation canadien. Est-ce le cas ?
"ME : Honnêtement, non. Nous ne nous sommes pas inspirés de ce film mais je reconnais qu’il y a des ressemblances indéniables entre les deux œuvres. Les références aux "graines" sur l’album ne sont pas à prendre au pied de la lettre."
Comment faut-il l’entendre alors ?
"ME : Il y a des indices dans les titres des morceaux mais si nous expliquons tout ça n’a plus aucun intérêt !"
Faites-vous attention a la manière dont le public perçoit votre musique ? Vous dites que vous jouez beaucoup de guitare mais que cette musique n’a pas sa place dans le contexte de Boards Of Canada. Pourquoi ne pas créer un autre groupe ou sortir des disques solo ?
"ME : Nous ne faisons pas attention à la façon dont le public nous perçoit, nous faisons simplement les disques que nous aimons. D’un autre côté, nous sommes évidemment conscients que nos centres d’intérêts musicaux vont au-delà du terrain de jeu habituel de Boards Of Canada. Et oui, nous écrivons et enregistrons beaucoup de musique qui n’a pas sa place sur un album de BoC et peut-être explorerons-nous cela dans le futur."
Comment cette musique sonne-t-elle ?
"MS : C’est beaucoup moins synthétique. je ne peux pas vous donner une idée précise du style parce que ça part un peu dans tous les sens. Certains morceaux sont très expérimentaux. Nous enregistrons avec des amis et utilisons tout ce qui nous tombe sous la main en studio - guitares, batteries, des instruments à cordes et d’autres tout aussi classiques. Dans un sens, ça ressemble beaucoup plus au travail d’un groupe traditionnel."
Et cette version acoustique de Music Has The Right To Children, où en est-elle ?
"ME : Eh bien, elle existe. C’est assez naze mais c’est ce qui fait son charme. je ne suis pas sûr que nous la sortirons un jour."


LA GALAXIE S’ANIME


Tenant son rang depuis quinze ans face aux autres artistes du label Warp, Boards Of Canada est apprécié et chéri par les amateurs de rock, pop, metal ou hip hop. Si la musique de Mike Sandison et Marcus Eoin envoûte, c'est souvent leur approche radicale de la production qui fascine leurs homologues musiciens. Certains d'entres eux ont tenu à leur poser une question ou deux. Un exercice contre nature pour le duo autarcique qui a tout de même joué le jeu sans mal.


COORDINATION JEAN-FRANÇOIS LE PUIL TRADUCTION SYLVAIN COLLIN


YONI WOLF

(WHY?)

D'après ce que j'ai compris, vous venez de finir le nouvel album de Boards Of Canada et le monde enfler s'en réjouit ! Je n'ai pas encore eu la chance de l'entendre mais je me demande si vous avez appréhendé celui-là différemment. Comment faites-vous pour conserver une certaine fraîcheur dans le processus de création depuis deux décennies ?
"Mike Sandison : Élaborer des nouveaux morceaux nous procure toujours autant de plaisir et chacun essaie en permanence de surpasser l'autre avec ses ébauches respectives. Nous nous y reprenons à plusieurs fois car nous sommes très critiques l'un envers et l'autres (vraiment, c'est souvent assez brutal même). Et quand nous trouvons une idée brute qui nous plaît à tous les deux, c'est celle-ci que nous développons. Je crois que nous avons réussi à rester concentrer sur Tomorrow's Harvest car nous avions dès le départ une idée très structurée du résultat auquel nous voulions parvenir, y compris la tonalité générale de l'album. C'était comme remplir un espace vierge dont nous visualisions clairement les contours. "

GHOST BOX RECORDS

(BELBURY POLY, THE FOCUS GROUP, ETC.)

En tant qu'artistes, on nous interroge souvent sur la nostalgie et la mémoire, et selon nous, la notion de "passé dans le présent" telle qu'on la trouve chez vous a été un modèle bien plus important que la réinterprétation de la musique de notre enfance. À nos yeux, Boards Of Canada évoque un monde où le temps n'existe pas et où les sonorités contemporaines ne paraissent ni plus ni moins importantes que les références du passé. C'est sans doute ce qui fait que vos disques durent, ce qui leur donne cet aspect intemporel qui va au-delà de la nostalgie. Est-ce quelque chose que vous reconnaissez vous-mêmes dans votre travail et dans quelle mesure cela est-il intentionnel ?
"MS : Je crois que vous avez très bien résumé les choses. Notre but n'a jamais été de singer le passé, je ne vois d'ailleurs pas l'intérêt d'une telle démarche. Nous essayons plutôt d'utiliser les éléments stylistiques du passé comme des points de départ à partir desquels nous imaginons une direction nouvelle. Que serait devenu ce style s'il avait été développé davantage ? C'est comme imaginer une réalité parallèle où la musique aurait pris une route différente. Partant de là, on doit effectivement entendre à la fois des éléments anachroniques et contempo-rains qui se côtoient dans notre musique. "

BENOIT PIOULARD

Quel est le meilleur accord?
"MS : B9, parce qu'il n'est en rien malveillant. "

PARSLEY SOUND

(EX-SLUM)

Si vous pouviez réaliser une action pour modifier l'écologie de la planète au bénéfice de l'existence humaine, quelle serait-elle ?
"MS : Réduire le nombre d'êtres humains. "

BIBIO

Pouvez-vous conseiller un lieu précis en Écosse à visiter avec un casque audio et quel serait le disque à écouter ?
"Marcus Eoin : Le Devil's Staircase dans la vallée de Glencoe avec la musique du film Highlander (1986) pour aider à visualiser Christophe Lambert qui décapite des mecs. "

JACQUES GREENE

Votre musique électronique est la plus humaine que j'ai jamais entendue, et pourtant, il y a un paquet de nombres à l'intérieur et de calculs mathématiques qui s'y opèrent. Les sentiments et la mémoire des émotions se heurtent au matériel électronique et aux séquences. Y a-t-il un lien spécifique entre l'homme et la machine, les nombres et les émotions, que vous essayez d'explorer ?
"MS : Nous ne nous inspirons pas uniquement de la musique mais aussi de la science. Il n'y a pas de grande séparation entre la structure et les mathématiques qui se cachent derrière la musique et les émotions qu'elle procure. La plupart du temps, nous jouons avec ces mécanismes par le biais d'une écriture mélodique à l'ancienne. Parfois, en revanche, nous concevons de manière obsessionnelle certains motifs musicaux qui s'assimilent alors plus à des expériences psychologiques miniatures. Une bonne partie de notre musique est peut-être aussi sujette à un effet du type "la vallée dérangeante" (ndlr. réaction psychologique de l'homme qui ressent un malaise face à des robots androïdes trop similaires à lui, théorisée par le Japonais Masahiro Mori), lorsque nous mélangeons de manière perturbante des sonorités humaines et non-humaines. "

BENOIT PIOULARD

Où est le centre ?
"ME : Le plus éloigné possible des extrémités ? "

NEIL KRUG

(RÉALISATEUR DES VIDÉOS DE “Tomorrow's Harvest")

Quel est votre album favori de Stevie Wonder ?
"ME : Argh, c'est comme choisir son James Bond préféré... C'est un crève-coeur pour moi de ne pas citer Talking Book (1972) ou Songs In The Key Of Life (1976) mais je placerais tout de même Innervisions (1973) en premier. Tout le travail de Stevie Wonder m'a toujours énormément influencé mais ce disque en particulier est le sommet du raffinement dans sa production. C'est tellement organique et analogique, avec un son énorme qui n'oublie pas de laisser un bel espace pour respirer. Innervisions recèle de changements de tons qui, utilisés par n'importe quel autre musicien, auraient sonné de façon balourde, mais lui parvient à les rendre tout ce qu'il y a de plus naturel. "

BENOIT PIOULARD

Quelle serait selon vous l'onomatopée associée à l'éclosion d'une pivoine filmée en accéléré ?
"MS : Je crois qu'on a samplé ce son sur Magic Window (ndlr. morceau final et silencieux de Geogaddi). "

ANDREW HUNG

(FUCK BUTTONS)


Quelles sont les différences entre vos séances de travail individuelle et collective ? La manière dont vous travaillez l'un avec l'autre a-t-elle une influence sur la tonalité de votre musique et cet aspect-là de votre relation a-t-il évolué au fil des années ?
"ME : Travailler ensemble nous pousse à trancher dans le vif et à finir le boulot. Nous devenons particulièrement impitoyables sur ce que l'on fait lorsque nous nous y mettons tous les deux. Du coup, je crois que les morceaux réalisés à deux sont aussi les plus simples et les plus épurés alors que ceux sur lesquels on a travaillé chacun de notre côté ont tendance à être plus complexes. C'est plus facile d'ajouter encore et encore des éléments à un titre sur lequel tu travailles seul. Au bout du compte, une chanson finit toujours entre les mains de l'autre, qui l'écoutera d'une oreille fraîche, la peaufinera ou bien la rejettera. Nous sommes d'une franchise radicale entre nous. "

BOOM BIP

Pensez-vous que la nature a un tempo ? Essayez-vous d'accorder votre musique sur ce tempo ?
"MS : Si c'est le cas, ce n'est pas conscient. Il y a quelques années, nous avions eu cette idée : diviser la journée en deux, puis encore en deux, et ainsi de suite jusqu'à parvenir à un tempo et enfin des fréquences qui soient en harmonie avec la durée d'une journée. Nous avions appelé cela "les harmoniques du jour" (ndlr. day harmonics en VO). Je réalise aujourd'hui que c'est un concept qui se rapproche de l'harmonie des sphères (ndlr. théorie philosophique basée sur l'idée que l'univers est régi par des rapports numériques harmonieux). "

JUSTIN BROADRICK

(JESU, GODFLESH)

Vous intéressez-vous au metal et à ses dérivés ? Faisant moi-même partie d'un groupe metal, Boards Of Canada compte parmi mes influences. Et je connais beaucoup de personnes liées au metal qui sont aussi de très grands fans de votre musique. Étiez-vous au courant et appréciez-vous ce style ? Je suis pratiquement sûr d'avoir déjà lu que vous écoutiez des groupes comme Nine Inch Nails, mais je peux me tromper !
"ME : C'est une excellente question, Justin. Les gens nous replacent souvent dans le contexte de la dance music mais ils sont à côté de la plaque. Mike et moi n'avons jamais été amateurs de dance music. Notre éducation musicale s'est faite pendant les années 8à en écoutant des groupes post-punk et de la musique industrielle et cela a probablement été notre plus grosse influence. J'ai moi-même joué dans une formation industrielle/trash metal lorsque j'étais ado. Alors oui, bien sûr, nous sommes toujours de grands amateurs de ce genre aujourd'hui. J'ai écouté beaucoup d'artistes issus de la scène dark ambient récemment, je ressens beaucoup d'affinités avec ces gars-là."

BOOM BIP

Entendez-vous de la musique dans vos rêves ? Si oui, est-elle originale ou s'agit-il d'une version déformée de la musique d'autres artistes ?
"MS : j'entends effectivement parfois de la musique dans mes rêves et je rentre alors en studio pour tenter de la reproduire. Je me souviens avoir rêvé d'une merveilleuse nouvelle chanson de Cocteau Twins une fois. Ce n'était pas une vraie chanson de Cocteau Twins évidemment, mais j'ai adoré ce que j'ai entendu en rêve. j'ai été agacé quand son souvenir s'est rapidement dissipé au réveil. "

JON HOPKINS

Y a-t-il un instrument qui vous a constamment inspirés au fil du temps et quelle relation entretenez-vous avec lui ?
"MS : Bonne question. Probablement le sampler Akai. Je reviens sans cesse vers mes vieux échantillonneurs Akai. Nous les utilisons davantage comme des synthétiseurs que comme des samplers en enregistrant nos propres parties instrumentales dedans et en les manipulant ensuite. Ce n'est pas vraiment un instrument dans le sens où il n'a pas de son propre, c'est plus un outil. J'aime beaucoup ces vieux machins, les souvenirs qu'ils drainent et les efforts de mémoire qu'ils demandent. Et puis ils ressemblent à des appareils qu'on utilisait dans les hôpitaux soviétiques, ça encourage à faire de la musique déprimante. "

LA MUSIQUE DES REVES

MICHEL GONDRY

Cinéaste d’origine versaillaise pas forcément prophète en son pays, Michel Gondry, batteur en son temps du groupe Oui Oui, connait la musique. Auteur de clips pour Björk, Daft Punk ou The White Stripes, il a utilisé trois titres de Boards Of Canada dans la bande originale de The We And The I (2012). Le cinéaste explique pourquoi les disques de Mike Sandison et Marcus Eoin l’inspirent autant dans son travail.

Comment avez-vous connu la musique de Boards Of Canada?
"En fait, j'étais en train de conduire en voiture avec Bjôrk dans Los Angeles et nous écoutions Discovery (2001), le deuxième album de Daft Punk qui venait de sortir, et elle m'a dit : "Si ça te plaît tu devrais écouter Boards Of Canada." Alors j'ai suivi son conseil. Même si personnellement je ne voyais pas bien en quoi ça ressemblait à Daft Punk, le côté abstrait et imagé de Boards Of Canada m'a plu tout de suite. C'est une musique assez ouverte et donc très utile pour moi quand je suis en train d'écrire car les idées me viennent plus vite que si j'écoute quelque chose de plus narratif. Elle m'aide à atteindre l'ambiance adéquate en période d'écriture au même titre que la musique contemporaine de Morton Feldman (ndlr. compositeur américain décédé en 1987) ou la musique classique de Glenn Gould (ndlr. pianiste canadien décédé en 1982). S'isoler du monde extérieur pour mieux atteindre l'état recherché. "
Écoutiez-vous Boards Of Canada pendant l'écriture de The We And The I, fiction particulière dans une filmographie déjà assez singulière ?
"Je ne m'en rappelle plus. En tout cas, il était devenu évident pour moi d'utiliser leur musique dans l'un de mes films. De toute façon, je n'en suis pas au point d'utiliser systématiquement à l'écran la musique que j'écoute quand j'écris une scène. "
Mais la bande-son de The We And The I est plutôt un best of d'un certain rap de la seconde moitié des années 80 (Young MC, Slick Rick, Run DMC...). Percevez-vous Boards Of Canada comme du hip hop écossais ?
"Le film s'ouvre sur des séquences avec en fond sonore ce genre de hip hop bon enfant et narratif, plein d'humour. C'est cool, fun et extraverti parce que c'est ainsi que les ados du film s'imaginent. Mais au fur et à mesure, derrière les apparences, se révèle quelque chose de plus intérieur, plus profond, moins facilement définissable, et Boards Of Canada contribue, sans contredire ce qui précède, à faire passer cette idée, avec une musique qui me permettait une continuité organique pour rentrer dans l'intimité des personnages. "
Boards Of Canada reste un groupe peu accessible : a-t-il été simple d'obtenir les droits de ces trois titres en particulier ou bien aviez-vous demandé un panel plus large quitte à n'en retenir qu'une partie au montage ?
"J'ai demandé ces trois titres (ndlr. Over The Horizon Radar, Ready Lets Go et Satellite Anthem Icarus) et ce que nous avons proposé a dû convenir puisque je n'en ai plus entendu parler autrement que pour nous autoriser à les utiliser. S'il y avait eu un souci, l'équipe du film m'aurait suggéré de changer de musique. j'ai donc pu utiliser celle de Boards Of Canada comme je l'entendais. "
Qu'avez-vous pensé du nouvel album Tomorrow's Harvest (ndlr. l'interview a été réalisée quelques jours avant sa sortie) ?
"Je l'ai reçu tout récemment et me suis donc mis à l'écouter aussitôt. Il s'inscrit dans la continuité des précédents et c'est rassurant. Boards Of Canada ne se réinvente pas, mais chaque piste, au sens propre, explore différentes directions tout en faisant écho à ce qui avait déjà pu être fait précédemment, au point de réutiliser certains de leurs sons pour que chaque titre prolonge en quelque sorte un titre antérieur, comme un work in progress permanent, presque infini. J'aime cette idée d'auto-flash-back pour qui connaît déjà la musique de Boards Of Canada. "


POLICE

Vous évoquiez Björk, dont le troisième album Homogenic (1997) était produit par Mark Bell de LFO, pionnier d'un certain son Warp dont Boards Of Canada serait le dernier représentant. Quels artistes, liés à Warp ou pas, rapprocheriez-vous de Boards Of Canada ?
"Je me sens mal placé pour répondre à cette question, d'abord parce que la musique vient souvent à moi plus volontiers que je ne cherche à découvrir des nouveautés, et d'autre part, je connais assez mal le catalogue du label Warp. Certaines tentatives folk ou psychédéliques des Chemical Brothers en leur temps avaient à voir avec Boards Of Canada. Sinon, je ne vois pas, désolé, mais il y en a sûrement. "
La bande originale de L'Écume Des Jours, votre dernier long-métrage, est signée Étienne Charry, chanteur du groupe Oui Oui dont vous étiez le batteur. Et vous avez sélectionné vous-même les titres de le BO de The We And The I. Après avoir fait vos preuves comme cinéaste dans les années 2000, au-delà de votre statut de réalisateur de clips, vous intéresseriez-vous enfin à nouveau à la musique ?
"Mais je ne me suis jamais désintéressé de la musique ! J'ai tout simplement plus de contrôle dans tout ce que je fais, y compris la musique, même si j'ai déjà eu la chance de collaborer avec les compositeurs Graeme Revell (ndlr. Human Nature, 2001), Jon Brion (ndlr. Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, 2004), Jean-Michel Bernard (ndlr. La Science Des Rêves en 2006 et Be Kind Rewind en 2008) ou James Newton Howard (ndlr. The Green Hornet, 2011). J'ai acquis une certaine liberté en matière de production et le domaine musical en fait partie. Au point de pouvoir, si ça me semble justifié, réutiliser la musique de Boards Of Canada pour l'un de mes prochains films comme je pourrais le faire avec celle d'un compositeur. "
La charte visuelle de Boards Of Canada, franchement minimale, laisse libre cours à l'imaginaire de ses auditeurs. Comment un cinéaste, a fortiori réalisateur de clips, peut-il préserver cela?
"Je sais qu'il y a une contradiction dans mon travail de réalisateur de clips : je propose ma vision d'une chanson à l'écran alors que celle-ci, si elle est réussie, se suffit à elle-même et n'a pas besoin qu'on y associe des images. j'en viens parfois à regretter certains de mes choix. J'avais par exemple tourné un clip pour Massive Attack (ndlr. Protection, considéré comme une référence du genre au milieu des années 1990), et quelque temps plus tard, j'ai eu une idée qui aurait été plus adaptée. En guise d'excuse, je me dis que je n'illustre pas tous les titres d'un même album, et que si ce n'est pas moi qui m'y colle, quelqu'un d'autre s'en chargera. D'une certaine façon, ça ressemble à l'adaptation d'un livre au cinéma. Parce que j'ai découvert la musique de Boards Of Canada en même temps que ses pochettes, je la ressens dans différentes nuances de bleu ou orangées sans être totalement synesthète pour ce qui est des couleurs. Un morceau de Boards Of Canada recycle la voix américaine du commandant Cousteau dans Le Monde Du Silence (1956), le film de Louis Malle et Jacques-Yves Cousteau, or j'ai grandi avec les films documentaires de Cousteau: c'est très fort pour moi. Mais si une musique me captive, je ne réfléchis pas à comment c'est fait, aux façons de brancher les guitares ou de modifier les potentiomètres, je suis plutôt transporté au point d'envisager des images. Même le nom de Boards Of Canada me renvoie à ce côté visuel puisque je suis fan du cinéaste d'animation canadien Norman McLaren (ndlr. figure marquante de l'Office national du film du Canada, ou National Film Board Of Canada en VO). En fait, le son du groupe me fait penser aux textures de la pellicule 16 millimètres... Mais c'est aussi lié aux pochettes. Adolescent, j'écoutais le deuxième album de Police, Reggatta De Blanc (1979), celui où il y a la chanson Walking On The Moon dessus, et faute d'avoir accès aux clips qui illustraient les extraits du disque, la pochette, avec les visages des trois membres du groupe en bleu et argent, a influencé visuellement ce que j'écoutais. Bon, c'était du temps du vinyle, l'effet était décuplé par l'objet. "
Y a-t-il un ou des artistes dont vous souhaiteriez réaliser un clip ?
"Il y aurait bien eu Michel Jackson qui n'avait probablement jamais dû entendre parler de moi. j'ai toujours préféré sa musique à celle de Prince, contrairement aux canons critiques des années 80. je me suis toujours méfié de ce qui était cool. Lors de mes longs séjours américains, je combats le mal du pays en écoutant une certaine variété française qui me rappelle mon enfance, France Gall ou Julien Clerc. Mais je réaliserais avec plaisir un clip de Boards Of Canada si jamais on me le demandait. "


NB. En attendant de découvrir Is The Man Who Is Ta!! Happy?, son documentaire animé sur (et avec) le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky, les films de Michel Gondry sont disponibles en DVD tout comme une sélection de ses vidéo-clips, The Work Of Director Michel Gondry (2003).


Translated text[edit]

Boards Of Canada


File compiled by Jean-François Le Puil

Article and Interview Sylvain Collin

Photographs Iain Campbell


HARVEST FROM HEAVEN

Nostalgia as a weapon of mass destruction: Boards Of Canada look into the past via an (imaginary) means in order to destroy the ideology of technological progress that we are sold on a daily basis. The brothers are back from their travels with Tomorrow's Harvest, true little masterpiece of electronic music. Developed over several years, this album urges the listener to fantasize a quite different conclusion to the end of the world: an ironic and dreamlike apocalypse. A fantastic and exhilarating dialogue between George Orwell and George A. Romero played with exemplary accuracy and thoroughness.


P28 HARVEST FROM HEAVEN Boards Of Canada in the light of The Day After Tomorrow.

P34 THE GALAXY COMES TO LIFE Co-musicians from all walks of life encourage the duo to open up.

P37 THE MUSIC OF DREAMS Cut! Thats’s a rap! with Michel Gondry


Marcus Eoin and Mike Sandison will try to deny it, but they are very concerned about how the public perceives their music. There is absolutely nothing contemptible in that, quite the contrary. If he could have, Stanley Kubrick himself would have painted the theaters where his films were playing if he felt that they weren’t dark enough. For Boards Of Canada, it's a bit the same. Well, okay, they won’t come and set the equalizer on your stereo for you or change the layout of your audiophile speakers, but they will take care of all the details; from recording to promotion. So it’s only with the release of the LP, The Campfire Headphase (2005), that the duo reveal that they are actually brothers. Why hide such a bland biographical fact? Mainly to avoid comparisons with Paul and Phil Hartnoll of Orbital, they argued at the time. Curious. No doubt they also wanted to avoid a series of questions about their childhood, family, etc. As such, it is particularly instructive to read the articles written at the time about the Beach Boys, The Jesus And Mary Chain and Oasis. However, it’s not so hard to imagine that the Sandisons get along a lot better than the brothers Wilson, Reid or Gallagher. As kids, they already played music together. When they were ten or twelve years old, they tinkered with multi-track VHS. Later, Marcus joined a metal band in secondary school. But that wasn’t Mike’s style, even then, the two brothers continued to fiddle with their synths together. The early 90s is the prologue to the story of Boards Of Canada. A musical framework slowly takes shape and compositions are born. The tracks they made during that period would be enough to fill a few albums, but Mike and Marcus just weren’t good enough, at least, that was their opinion. Having heard some of their old songs; cassettes they distributed to their friends up until the release of Boc Maxima (1996); the first version of Music Has the Right to Children (1998), it’s clear they had what it takes to make the heavyweights of the IDM era (Aphex Twin, The Orb, The Future Sound Of London, Orbital and Autechre) green with envy. Ever since their first release, Boards Of Canada took time out to trim down, polish, refine and tweak to achieve the style they had in mind. Mike once said he could easily spend time and money to recover the right audio material just for a few seconds of music. This is probably why, Tomorrow's Harvest took seven long years to reap.


ZOMBIE

In electronic music, the expiry dates can be short: the days can be worth a few weeks, the years a century. Boards Of Canada’s is the sort that doesn’t ever seem to go out of date. If it seems that time has no hold over their music, it could be that the two brothers are fond of vintage equipment. Certainly, their old equipment give a certain patina to their sound, but their choice of abode and studio location must play a part, too. Of course, in the Scottish countryside where the reclusive composers live time passes slower. Much slower. If living in such isolation allow them to develop a different world, it’s also a direct route to feelings of resentment and antisocial paranoia. How to find the right balance? "Aha, but we’re not really hermits", Mike makes clear, email being the preferred means of communication favored by the group at the time of promotion of Tomorrow's Harvest in the world.


"When we speak of isolation, it is from an artistic point of view, not a social one. We don’t feel the need to hang out in an urban context, to keep abreast of what is happening in music, what's popular, etc. That sort of thing: fashion, urban culture - is just background noise for us; radio interference, it becomes a big distraction when we try to create our own music, a good deal of modern music sounds like it was composed by artists who are constantly trying to look over each other’s shoulders. I prefer the pre-Internet era when musical styles were clearly defined. That way different groups and styles of music could evolve independently and develop fully, in a concentrated and exclusive way. The internet and an hyper-connected urban life destroys that kind of purity."


“Retro” you can say that again! So then, urban modernity creates negative vibes that affect creativity. On top of that, as he confessed recently by email to the Guardian, in reference to the book You Are Not A Gadget (2010) by the American author Jaron Lanier, Mike believes that “modern technology often gives an illusion of empowerment while in reality it's increasingly all about removal of liberty, and homogenising the user base." This morose yet relevant observation of society has been growing for some time. It recalls the post-apocalyptic films of the 70s - Soylent Green (1973), Logan's Run (1976), Silent Running (1972), Phase IV (1974), etc. - paranoid low budget series of the early '80s (Italian zombie films notably). A fairly uninsightful and downright fanciful forecast, these films are much more interesting in that they reveal our social and ecological anxieties; our collective phobias. Despite the appearance of a clichéd Instagram, the cover of Tomorrow's Harvest just… fits: the San Francisco skyline breaks the line of a desolate horizon and disappears as if engulfed by an incandescent glow. We look upon a city as if in agony, then as a mirage, the persistent memory of a forgotten utopian future ... When the needle hits the vinyl, the atmosphere is almost palpable. Mike lays it on thick in the Guardian interview again "We've become a lot more nihilistic over the years. In a way we're really celebrating an idea of collapse (the track Collapse is in the middle of the album) rather than resisting it. It's probably quite a bleak album, depending on your perspective. It's not post-apocalyptic so much as it is about an inevitable stage that lies in front of us." So much for setting the scene. Certainly, based on one’s personal film experience, or the rapport that each of us has with the music of Boards Of Canada, the album probably won’t evoke the same images. The precise dramatic outline drafted here by the Scottish duo, show that the random and abstract Super8 collages that once served as promotional videos are now an irrelevance. Even if we find a few smooth, familiar sounds, Tomorrow's Harvest is not really an album of progressive ambient electro or an acidic sound kaleidoscope. It was conceived as a soundtrack and must be taken as such. Unfortunately, today, no one is around to make the ideal film for it and this is probably also why nostalgia operates from the very first notes. The Sandison brothers also tip their hats to low budget series composers from the 70s and 80s : Mark Isham, Fabio Frizzi (the composer for Zombi 2 in 1979, a fake Italian Romero sequel), Stefano Mainetti (Zombie 3, 1988) Wendy Carlos (The Shining in 1980, Tron 1982) or John Harrison. The latter seems to find a special place in their repertoire. The sinking feeling of White Cyclosa (track 3 of Tomorrow's Harvest) strangely resembles the introduction that Harrison plays for The Dead Suite, from the soundtrack of Romero’s Day Of The Dead (1985), whilst not being as oppressive and nihilistic as a zombie film. The atmospheres are more subtly layered and the emotions that emerge more diverse, but no less intense. This is certainly one of the more sincere and moving tributes given to this genre of cinema from the electronic music genre. Now let’s allow Marcus and Mike show off their wares in their own way.

What is your strongest memory (musical or non-musical) of the past seven years? Have you been missing the recognition all this time?
"Mike Sandison : The births of my children have been the most intense memories of recent years. Being a dad makes you more aware of our planet’s long term problems. On a more personal level, this probably gives me greater self-confidence and esteem, which helps make up for any external approval. Anyway, I would say that I still couldn’t care less for artistic recognition. I’ve learned to go with my gut, my instinct, to compose music that I really want to hear"
The treasure hunt for the promotion of Tomorrow's Harvest, searching for hidden clues on a variety of media and over different continents was fun. Aren’t you afraid it will make your fans search for hidden meanings (wild ones often) in your music? Or is that part of the musical experience for you?
"Marcus Eoin: It may actually be part of the musical experience but you’ve got to avoid making it seem forced or artificial. The music has to be enough in itself. In this case, we thought that this method would go well with the general atmosphere of the album. It also gave us the opportunity to get away from the boundaries of the audio format and create a game that involves the listener."
We know that you enjoy paranoid or post-apocalyptic movies from the late 60s to the early 80s. Instrumental electronic records are often compared to film music, and even if it’s a lazy or easy comparison to make it really seems relevant in the case of Tomorrow's Harvest.
"MS:. Yes, of course, is exactly what we wanted do. We have always collected these sort of films and soundtracks, so this is something that has influenced our music from the very beginning. And it became more intentional on this album. We hope that anyone who likes this kind of cinema will be inspired enough by Tomorrow's Harvest to make their own visual interpretations."
The Campfire Headphase was built as a collection of pop songs while Geogaddi (2002) was much more abstract and ambient. The general structure of the new album is actually a lot more elaborate than that.
"MS:. Actually, we decided early on that we wanted to give it a soundtrack feel, but to make this type of album is a real challenge without it sounding too cheesy. So when we started working, we listened to a lot of soundtracks, including some from the 80s, by focusing on specific issues, studying the practices in terms of layout and timing. The ideas we learned gave us a framework, a structure to expand upon. We knew exactly how it should begin and how it would end."
Could you give us a soundtrack in particular?
"MS: No, there’s no theme or soundtrack in particular that inspired us. As I said, we mainly shaped the sound and visuals of Tomorrow's Harvest based on our memories of some of the films of that time, generally dark and pessimistic. There are a lot of budget films based on survivalism, horror, political conspiracy, uncontrolled science, etc. Electronic music is regularly used in these works ranging from dark loops, synthetic atmospheres and sometimes even tribal sounds. Strangely, the horror and sci-fi movies of the 80s are often filled with a sort of cheerful dark humour. That's the kind of atmosphere that we tried to recreate. "

LAME

The production and arrangements of Tomorrow's Harvest are really impressive. All your albums have this retro warmth, in comparison the latest release sounds much more hi-fi. Have you changed something in your recording methods and how it was this part of the writing process?
"ME: Because we designed this record as a soundtrack from the past, we knew that the production would be a very difficult exercise and everything had to be perfectly arranged, much more than on our previous LPs, where we went out of our way to fuck up elements to get that grainy sound. We certainly used a lot of vintage gear for this album but if you play back the music that inspired us carefully, apart from the fact that they are often made ​​with analog synthesizers and other rudimentary electronic instruments of the time, you realize that the arrangements are very accurate and that the production is still very high. "
In light of Tomorrow's Harvest, do you consider The Campfire Headphase, with samples of guitars and the jolly almost euphoric atmosphere, as a digression in your discography?
"MS: This may be a digression in the context of Boards Of Canada, but not for us as individuals. We’ve been playing guitar since we were kids - especially Marcus, he’s an excellent guitarist - but we didn’t really want to put this to the forefront in our albums, mainly because we think it would not be consistent with the rest. What we did on The Campfire Headphase is injecting naive guitar loops in the sampler and write our songs around it like we usually do. "
Is the material in Tomorrow's Harvest entirely new or have you (re)used any old stuff?
"ME: We write and record music all the time and this album consists solely of new songs. We do not have a strict way of working, but generally, we first create several drafts independent of each other, then we choose the ones we like the most and develop each in parallel."
Some of your fans think that there is a link between Tomorrow's Harvest and Deadly Harvest (1977), an obscure Canadian sci-fi film. Is this the case?
"ME: Honestly, no. We were not inspired by this film, but I recognize that there are undeniable similarities between the two works. References to the "seeds" on the album are not to be taken literally"
How should we take them then?
"ME: There are clues in the song titles, but then if we explain it all it would no longer be interesting!"
Do you pay attention to how the public perceives your music? You say you play a lot of guitar music but that this has no place in the context of Boards Of Canada. Why not start a traditional band or even release solo albums?
"ME: We don’t really pay attention to how the public perceives us, we only make music we love. On the other hand, we are obviously aware that our centres of musical interests go beyond the usual Boards Of Canada sandbox. And yes, we write and record a lot of music that has no place on a BoC album and perhaps we will explore this in the future."
What does this music sound like?
"ME: It’s much less synthetic. I can’t give you a good idea of the style because it’s a bit all over the place. Some pieces are very experimental. We record with friends and use whatever comes to hand in the studio - guitars, drums, stringed instruments and other classical means. In a sense, it looks much more like the work of a traditional band."
And the acoustic version of Music Has the Right to Children, where is it?
"ME: Well, it exists. It's pretty lame, but that's what gives it it’s charm. I'm not sure that we’ll ever release it."


Scans[edit]

References[edit]

  1. http://www.twoism.org/forum/viewtopic.php?t=11104